ACDL reprend le blog en main après quelques mois d’absences, l’envie est toujours là, l’intérêt pour la littérature et le web encore plus présent. Amis lecteurs, bonjour!

J’ai découvert Joyce Carol Oates, il y a un peu plus d’un an environ. Je me trouvai à la médiathèque (chose assez rare) et ne sachant pas trop où regarder, j’ai fait le tour des étagères jusqu’à ce que je tombe sur un titre qui m’accroche. Je suis donc tombée sur « Zombi ». Titre court et percutant, ça me parlait.

J’ai toujours été intéressée par la littérature américaine, mais celle un peu plus classique que l’on vous enseigne à la fac : Hemingway, Steinbeck etc. Et voila que je découvre Joyce Carol Oates, une auteur remarquable au style aiguisé qui taille un portrait d’une société américaine loin de l’American Dream. Joyce Carol Oates n’a pas un style mais des styles. Ses livres ne se ressemblent pas, ont lieu dans des milieux très différents mais on retrouve dans tous cette capacité à dépeindre très finement ce qu’il y a de pire dans l’humain.

Zombi raconte l’histoire d’un serial-killer de jeunes hommes, malade mental, qui cherche à lobotomiser ses proies pour en faire des esclaves sexuels (rien que ça). Le narrateur n’est ni plus ni moins que le serial-killer lui-même. Un ton rude, bestial, souvent vulgaire. L’auteur s’est inséré dans la tête de ce malade qui ne se contrôle pas, ce qui est très déconcertant pour le lecteur, qui a l’impression d’être le témoin qui cautionne les actes.

Joyce Carol Oates a une aptitude à créer le suspense là où on ne l’attend pas. Cela monte très lentement, petit à petit, jusqu’à ce qu’on accélère la lecture pour essayer de devancer l’histoire. Dans Zombi, le père du serial-killer, lui rend visite dans son appartement, et sent qu’il y a une odeur nauséabonde (cadavre dans le placard oblige), et on attend impatiemment, on se dit que tout va s’arrêter là avec la découverte macabre, mais non. Le père doute, questionne, insiste, et puis s’en va, la conscience sûrement pas tranquille.

Dans, un autre livre, La fille du fossoyeur, une femme a l’impression d’être suivi par un homme, et l’auteur nous raconte pendant plus de 30 pages le sentiment de peur qui envahit la jeune femme suivie. La paranoïa s’installe, on se crispe quand l’homme se rapproche, le lecteur devient parano à son tour. Le tout toujours en finesse. La fille du fossoyeur est beaucoup plus long que Zombi, l’écriture est plus délicate, les phrases sont allongées, et on n’arrive pas à différencier ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

Enfin, dans Viol, une histoire d’amour, où rien que le titre est un paradoxe à lui seul, raconte l’histoire d’une mère violée devant sa fille de 12 ans. Ici, on est dans la critique du système judiciaire américain, la mère de famille, victime, passe pour une provocatrice qui l’aurait bien mérité… Joyce Carol Oates construit un suspense aussi, où l’on sait qu’il va arriver quelque chose. Encore une fois, le lecteur est pris à parti, il est témoin, un sentiment de culpabilité l’envahit : que faire à part continuer de lire/(regarder?) et passer à la page suivante. C’est très dérangeant, peut-être une façon de nous mettre aussi devant nos responsabilités.

Il ne me reste plus qu’à continuer ma découverte de Joyce Carol Oates, qui a publié plus de 70 romans, essais et nouvelles.